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Système Leitner : la méthode des boîtes à flashcards

Le système Leitner est une méthode de flashcards qui répartit les cartes dans des boîtes : réussissez une carte et elle passe dans une boîte que vous révisez moins souvent, ratez-la et elle retourne dans la boîte 1. Sebastian Leitner a publié la méthode en 1972, et quatre décennies plus tard, Duolingo en utilisait une version à son lancement. Ce guide présente la mise en place, le calendrier et la règle que la plupart des gens enfreignent : ne jamais retirer une carte après une seule bonne réponse.

16 min de lecture
Points clés
    • Une bonne réponse fait monter la carte, une erreur la renvoie au départ : les nouvelles cartes commencent dans la boîte 1 et montent d'une boîte à chaque bonne réponse, et plus une boîte est haute, moins elle revient souvent. Une seule erreur suffit à renvoyer une carte dans la boîte 1 : votre temps va donc à ce que vous ne savez pas encore.
  • La boîte réunit les deux techniques les mieux notées : le test d'entraînement et la pratique distribuée sont les deux seules techniques, sur dix, jugées d'« utilité élevée » dans la revue publiée en 2013 par Dunlosky et ses collègues. Le système Leitner décide quelles cartes vous testez, et quand.
  • Ne retirez jamais une carte après une seule bonne réponse : dans une étude parue en 2008 dans Science, les étudiants qui continuaient de se tester sur des paires de mots déjà rappelées en retenaient environ 80 % une semaine plus tard. Quand ces paires étaient retirées des tests, le rappel tombait à 33-36 %.
  • L'espacement compte plus que les intervalles exacts : une méta-analyse de 2021 portant sur 29 études a trouvé un bénéfice important à espacer les révisions, mais aucune différence fiable entre des intervalles qui s'allongent et des intervalles qui restent égaux.
  • Limitez les nouvelles cartes, et fabriquez-les vous-même : ajouter des cartes plus vite qu'elles ne peuvent terminer leur parcours engorge la boîte 1. Et dans cinq expériences sur six, les flashcards faites maison ont battu les flashcards toutes faites, y compris celles fabriquées par copier-coller.

Qu'est-ce que le système Leitner ?

Le système Leitner (qu'on appelle aussi méthode Leitner ou boîte de Leitner) est une façon de réviser des flashcards, ou fiches de révision, à l'aide d'une série de boîtes. Chaque nouvelle carte commence dans la boîte 1. Quand vous répondez correctement à une carte, elle monte d'une boîte, et chaque boîte supérieure est révisée moins souvent. Quand vous ratez une carte, elle retourne dans la boîte 1, aussi haut qu'elle soit montée.

Voilà toute la méthode : de la répétition espacée que l'on peut pratiquer avec une boîte à chaussures et un stylo. Son véritable atout tient à la manière dont elle répartit votre temps : les cartes que vous connaissez glissent peu à peu vers les boîtes que vous ouvrez rarement, tandis que celles que vous ne connaissez pas reviennent sans cesse jusqu'à ce qu'elles se fixent.

Le système vient de Sebastian Leitner (1919-1989), journaliste scientifique né à Salzbourg, qui l'a décrit dans son livre de 1972, So lernt man lernen (« Comment apprendre à apprendre »). En allemand, la boîte s'appelle une Lernkartei, autrement dit une boîte à fiches d'apprentissage.

La boîte d'origine de Leitner ne reposait pas sur un calendrier. Elle comptait cinq compartiments de profondeur croissante : 1, 2, 5, 8 et 14 centimètres. Quand un compartiment était plein, on révisait une partie des cartes qu'il contenait, puis on faisait avancer ou reculer chacune d'elles. Le premier compartiment, peu profond, se remplissait vite : les cartes nouvelles et les cartes ratées revenaient donc souvent. Le dernier, le plus profond, se remplissait lentement : les cartes bien connues ne revenaient donc que rarement. L'espacement était inscrit dans le mobilier même.

Beaucoup de guides et d'applications modernes remplacent la taille des compartiments par un calendrier (la boîte 1 tous les jours, la boîte 2 un jour sur deux, et ainsi de suite), plus facile à suivre. Dans un cas comme dans l'autre, l'idée centrale demeure : chaque carte avance à son propre rythme, selon vos résultats sur cette carte. C'était un vrai progrès par rapport au rappel à intervalles gradués présenté par Paul Pimsleur en 1967 : cette méthode faisait travailler chaque mot sur une même échelle fixe d'intervalles (5 secondes, 25 secondes, 2 minutes, et ainsi de suite jusqu'à 2 ans), que vous le trouviez facile ou difficile.


Comment utiliser le système Leitner, étape par étape

Il vous faut un lot de fiches bristol et cinq boîtes, enveloppes ou piles tenues par un élastique, numérotées de 1 à 5. Ensuite :

  1. Écrivez une question par carte. La question au recto, la réponse au verso. Limitez chaque carte à un seul fait ou à une seule idée : une carte qui demande un paragraphe de réponse, ce sont en réalité quatre cartes.
  2. Placez chaque nouvelle carte dans la boîte 1.
  3. Regardez quelles boîtes sont à réviser aujourd'hui et sortez-en les cartes (le calendrier figure dans la section suivante). Commencez par la boîte la plus haute parmi celles du jour, descendez, et gardez la boîte 1 pour la fin : ainsi, une carte que vous venez de faire monter ne revient pas deux fois dans la même journée. Mettez de côté les cartes ratées du jour et rangez-les dans la boîte 1 à la fin de la séance.
  4. Répondez avant de retourner la carte. Dites la réponse à voix haute ou écrivez-la. Si vous n'arrivez pas à la formuler, ou seulement à moitié, comptez-la comme une erreur.
  5. Déplacez chaque carte. Bonne réponse : elle monte d'une boîte. Mauvaise réponse : elle retourne dans la boîte 1.
  6. Faites sortir les cartes de la dernière boîte. Une carte à laquelle vous répondez correctement dans la boîte 5 peut rejoindre une archive qui vous servira à vous tester avant les examens, ou rester dans la boîte 5 selon un cycle plus long.

Il existe une variante courante. La règle stricte renvoie une carte ratée jusqu'à la boîte 1. Une version plus douce la fait descendre d'une seule boîte : c'est ainsi que fonctionne la variante décrite dans l'article de recherche publié par Duolingo en 2016. La règle stricte vous coûte davantage de révisions ; la version douce laisse une carte fragile se reposer sur ses succès passés. Pour une matière d'examen que vous ne pouvez pas vous permettre d'oublier, tenez-vous-en à la règle stricte.

Deux habitudes vous aideront. Mélangez chaque boîte avant de la réviser, pour vous rappeler les réponses et non l'ordre dans lequel les cartes se présentaient. Et gardez des séances assez courtes pour pouvoir en faire une chaque jour. Nicky Case, dont la version à sept niveaux est présentée dans la section suivante, indique que chaque révision quotidienne prend 20 à 30 minutes ; avec un paquet plus petit, il en faut moins.


Calendrier du système Leitner : à quelle fréquence réviser chaque boîte

Une version calendaire répandue double l'intervalle à chaque boîte. Les chercheurs de Duolingo s'en sont servis pour illustrer la méthode dans leur article de 2016, et l'entreprise avait démarré avec une variante similaire :

BoîteIntervalle de révisionEn pratiqueCe qu'on y trouve
Boîte 11 jourTous les joursLes nouvelles cartes et celles que vous venez de rater
Boîte 22 joursUn jour sur deuxLes cartes réussies une fois
Boîte 34 joursEnviron deux fois par semaineLes cartes réussies deux fois de suite
Boîte 48 joursEnviron une fois par semaineLes cartes qui commencent à se fixer
Boîte 516 joursToutes les deux semainesLes cartes presque acquises

Pour savoir quelles boîtes réviser un jour donné, numérotez vos jours d'étude à partir de 1 et recommencez le cycle tous les 16 jours :

Jour du cycle de 16 joursBoîtes à réviser
1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15Boîte 1
2, 6, 10, 14Boîtes 1 et 2
4, 12Boîtes 1, 2 et 3
8Boîtes 1, 2, 3 et 4
16Les cinq boîtes

Deux autres versions reviennent souvent :

  • Trois boîtes pour une échéance proche. La boîte 1 tous les jours, la boîte 2 tous les trois jours, la boîte 3 tous les cinq jours. C'est plus simple à gérer, et cela convient à un examen prévu dans deux ou trois semaines.
  • Sept niveaux pour le long terme. How To Remember Anything Forever-ish (« Comment tout retenir pour toujours, ou presque »), la bande dessinée interactive publiée par Nicky Case en 2018, double l'intervalle sur sept niveaux, selon un calendrier de 64 jours qui tourne en boucle, adapté de Fluent Forever de Gabriel Wyner. Elle conseille de commencer avec cinq nouvelles cartes par jour.

Quelle durée donner à votre plus long intervalle ? Nicholas Cepeda et ses collègues (2008) fournissent un ordre de grandeur. Ils ont fait apprendre une série de faits à plus de 1 350 personnes, leur ont proposé une unique séance de révision après un intervalle pouvant aller jusqu'à 3,5 mois, puis les ont testées jusqu'à un an plus tard. Pour des délais de quelques semaines, l'intervalle optimal représentait environ 20 % du temps restant jusqu'au test ; il tombait à environ 5 % quand le test avait lieu un an plus tard. Cette étude ne comportant qu'une seule révision, prenez ces chiffres comme un repère approximatif pour votre dernière boîte :

  • Examen dans trois semaines : des intervalles d'environ quatre jours conviennent bien. Une dernière boîte à 16 jours est trop longue pour cette échéance : arrêtez-vous à la boîte 3 ou 4, et repassez chaque carte une fois de plus pendant la dernière semaine.
  • Une matière dont vous aurez besoin dans un an : laissez votre dernière boîte atteindre deux à trois semaines, et ajoutez si vous le souhaitez une boîte 6 mensuelle.

Si vous préférez planifier tout un sujet par dates, le calculateur de répétition espacée gratuit de Glasp transforme une date de début, et éventuellement une date d'examen, en un calendrier de révision fixe que vous pouvez télécharger. Il planifie le sujet dans son ensemble, et non carte par carte.


Pourquoi ça marche : deux techniques d'utilité élevée dans une seule boîte

En 2013, dans Psychological Science in the Public Interest, John Dunlosky et quatre collègues ont passé en revue les données scientifiques sur dix techniques d'étude. Deux seulement ont obtenu leur note la plus haute, « utilité élevée » : le test d'entraînement et la pratique distribuée. Le surlignage et la relecture, deux habitudes sur lesquelles les étudiants s'appuient énormément, ont été jugés de faible utilité.

Une boîte de Leitner est une machine à pratiquer ces deux techniques d'utilité élevée, avec en prime une règle de tri.

C'est la récupération qui fait le travail. Chaque carte vous oblige à produire une réponse de mémoire, et c'est le fait de la produire qui la renforce. Pour un utilisateur de la méthode Leitner, l'étude qui compte le plus est celle de Karpicke et Roediger, parue en 2008 dans Science, parce qu'elle a examiné ce qui se passe quand on cesse de se tester sur des éléments déjà rappelés : les paires qui continuaient d'être testées étaient retenues dans environ 80 % des cas une semaine plus tard, et les paires retirées des tests tombaient à 33-36 %. Notre guide sur le rappel actif détaille cette expérience et, plus largement, l'effet de test.

L'espacement est imposé. Une boîte ne vous laisse pas rabâcher une petite pile, parce que chaque carte doit attendre son tour. C'est plus important qu'il n'y paraît, comme le montrent les études sur les flashcards présentées plus bas, dans la section consacrée aux erreurs.

L'effort va là où il est nécessaire. Repasser tout votre paquet chaque jour vous fait consacrer l'essentiel de votre temps à des cartes que vous connaissez déjà. La boîte fait le tri : les cartes ratées reviennent le lendemain, les cartes maîtrisées dans deux semaines.


Les boîtes elles-mêmes comptent-elles ? Ce qu'ont montré Duolingo et une méta-analyse

La plupart des guides sur la méthode Leitner s'arrêtent à « c'est de la répétition espacée ». La recherche soutient fortement la récupération et l'espacement. Il est beaucoup moins établi que le schéma précis des intervalles croissants (1, 2, 4, 8, 16 jours) ait quoi que ce soit de particulier.

En 2007, Karpicke et Roediger ont comparé des calendriers à intervalles croissants avec des calendriers à intervalles égaux, pour l'apprentissage de paires de vocabulaire. La pratique à intervalles croissants l'emportait lors d'un test passé 10 minutes plus tard. La pratique à intervalles égaux l'emportait deux jours plus tard. Leur explication : ce qui favorise la rétention à long terme, c'est de retarder la première récupération pour qu'elle demande plus d'effort, or leurs calendriers croissants plaçaient ce premier test très peu de temps après l'apprentissage.

Une méta-analyse publiée en 2021 par Alice Latimier, Hugo Peyre et Franck Ramus a réuni 29 études. La récupération espacée l'emportait nettement sur la récupération massée, concentrée en un seul bloc (g = 0,74 après correction du biais de publication ; g est une taille d'effet, pour laquelle environ 0,2 correspond à un effet faible et 0,8 à un effet fort). La comparaison entre espacement croissant et espacement uniforme ne montrait globalement aucune différence significative (g = 0,034), et les auteurs ont conclu que les données ne soutiennent pas la croyance répandue selon laquelle les intervalles devraient sans cesse s'allonger.

Une réserve concerne directement les utilisateurs de flashcards. Plus un élément était testé, plus les intervalles croissants paraissaient avantageux, jusqu'à atteindre g = 0,2 lorsque les éléments étaient vus plus de quatre fois. Même dans ce cas, l'avantage n'était pas statistiquement significatif, et les auteurs qualifient leur conclusion de provisoire ; mais un paquet Leitner teste les cartes de nombreuses fois, si bien que le doublement peut aider un peu sur la durée. Voyez-le comme une façon commode d'organiser les révisions plutôt que comme le principe actif.

Le test grandeur nature le plus intéressant vient de Duolingo. Dans un article de 2016, Burr Settles et Brendan Meeder expliquaient que Duolingo s'était lancé avec une variante de type Leitner pour décider quand un mot devait être retravaillé, et que c'était encore l'algorithme de son modèle d'apprenant en production au moment de l'étude. Comme les apprenants se plaignaient que les jauges de force fondées sur Leitner ne reflètent pas correctement ce qu'ils avaient appris, l'équipe a conçu un remplaçant issu de l'apprentissage automatique, baptisé régression de demi-vie (half-life regression en anglais), à partir d'un jeu de données de 12,9 millions d'enregistrements de leçons et d'exercices, chacun associant un apprenant à un mot.

Le nouveau modèle prédisait le rappel avec au moins 45 % d'erreur en moins que Leitner, même si Leitner obtenait encore le meilleur score sur l'une de leurs deux mesures de classement, celle qui évalue la capacité d'un modèle à classer les mots du plus susceptible au moins susceptible d'être retenu. Lors d'un test de six semaines auprès d'un peu moins d'un million d'apprenants, le nouveau modèle n'a presque pas modifié le nombre d'apprenants revenus le lendemain pour une activité quelconque (+0,3 %, non significatif), et le taux de retour le lendemain pour les séances d'entraînement a baissé de 7,3 %. Duolingo a interprété cette baisse, conjuguée à des retours anecdotiques positifs sur les nouvelles jauges de force, comme un bon signe : beaucoup d'apprenants avaient confié s'entraîner « juste pour garder l'arbre doré » (l'arbre de compétences de l'application), lors de séances qui ne révisaient pas ce dont ils pensaient avoir le plus besoin. L'entreprise a basculé tout le monde sur le nouveau modèle, et une version affinée, testée quelques mois plus tard, a augmenté de 12 % le retour le lendemain pour une activité quelconque par rapport à la première version.

Lu de près, l'article est à la fois un compliment et un avertissement. Le compliment : la variante qu'utilisait Duolingo se révèle être un cas particulier du nouveau modèle, avec deux poids choisis à la main (chaque bonne réponse double l'intervalle, chaque mauvaise le divise par deux). L'avertissement : ces poids fixes estimaient mal la probabilité qu'un apprenant se souvienne d'un mot, moins bien même qu'une prédiction qui aurait attribué à chaque mot le taux de rappel moyen, et c'est précisément cette estimation qu'affichaient les jauges de force de Duolingo. L'article n'a ni testé différentes tailles de paquet ni mesuré l'apprentissage lors de ses tests en conditions réelles : pour un paquet personnel, un planificateur plus intelligent est donc une commodité pour les grandes collections plutôt qu'un gain de mémoire démontré.


Cinq erreurs qui sabotent une boîte de Leitner

La méthode est assez simple pour qu'on la personnalise, et la plupart des personnalisations suppriment justement ce qui la fait fonctionner.

ErreurLa solution
Retirer une carte après une seule bonne réponseNe retirez une carte qu'une fois qu'elle a franchi toutes les boîtes
Ajouter trop de nouvelles cartesPas plus de 5 à 10 nouvelles cartes par jour
Réviser par petites pilesRévisez chaque boîte du jour en une seule pile mélangée
Des cartes qui contiennent un paragrapheUn seul fait par carte
Se noter avec indulgenceSi vous n'avez pas dit la réponse avant de retourner la carte, c'est une erreur

1. Retirer les cartes trop tôt. Il est tentant d'écarter une carte dès la première bonne réponse, et presque tout le monde le fait : Nate Kornell et Robert Bjork (2008) décrivent le fait de mettre de côté les éléments que l'on croit connaître comme une stratégie « adoptée presque universellement par les étudiants ». Sur quatre expériences, ils ont constaté que la possibilité d'écarter des flashcards avait sur l'apprentissage des effets négatifs, faibles mais constants. Si l'on y ajoute le résultat publié dans Science cité plus haut, la règle est claire : une carte ne doit être retirée qu'après avoir franchi toutes les boîtes.

2. Engorger la boîte 1. Les nouvelles cartes sont excitantes ; les révisions sont des corvées. Siddharth Reddy et ses collègues (conférence KDD 2016) ont modélisé la boîte de Leitner comme un réseau de files d'attente, en s'appuyant sur les mathématiques qui décrivent les files aux caisses et le trafic des serveurs. Ils ont mis en évidence une transition de phase : au-delà d'un certain rythme d'arrivée des nouvelles cartes, les résultats s'effondrent brutalement plutôt que progressivement, parce que les cartes s'accumulent dans la boîte la plus basse plus vite qu'elles ne peuvent terminer leur parcours. Une règle empirique : si la boîte 1 contient un jour plus de 30 cartes environ, arrêtez d'en ajouter jusqu'à ce qu'elle se vide.

3. Réviser par petites piles. Dans les expériences de Nate Kornell publiées en 2009, chaque participant apprenait une série de mots de type GRE (un examen américain d'admission en master et en doctorat) sous la forme d'une seule pile de 20, et une autre série sous la forme de quatre piles de cinq. La grande pile l'a emporté pour 63 personnes sur 70 ; pourtant, après la première séance, 42 des 58 participants qui estimaient qu'une méthode avait mieux fonctionné en attribuaient le mérite aux petites piles. Une enquête menée auprès de 374 étudiants de premier cycle par Kathryn Wissman, Katherine Rawson et Mary Pyc (2012) révèle le même angle mort : les étudiants comprenaient l'intérêt de s'exercer sur un élément jusqu'à pouvoir le rappeler correctement plusieurs fois, mais en général, ils ne laissaient pas d'intervalles plus longs entre les répétitions et n'en comprenaient pas les bénéfices.

4. Des cartes qui contiennent un paragraphe. Piotr Wozniak, le créateur du logiciel SuperMemo, a nommé ce remède le principe d'information minimale, règle 4 de son essai de 1999 « Twenty rules of formulating knowledge » (« Vingt règles pour formuler la connaissance ») : formuler chaque élément aussi simplement que possible, car les éléments complexes sont difficiles à retenir. Comparez :

  • Carte faible : « Expliquez la photosynthèse. »
  • Meilleure carte : « Quel gaz les plantes absorbent-elles pour la photosynthèse ? » Réponse : le dioxyde de carbone.
  • Meilleure carte : « Quel gaz la photosynthèse libère-t-elle ? » Réponse : l'oxygène.

5. Se noter avec indulgence. « Ça, je le savais » est la phrase la plus coûteuse quand on révise. Si vous jetez un œil à la réponse avant de vous engager sur la vôtre, la boîte fait monter une carte dont vous êtes en réalité incapable de retrouver la réponse, et celle-ci disparaît pendant des jours. Dans l'étude de Karpicke et Roediger, tous les groupes prédisaient à peu près le même taux de rappel, y compris ceux qui allaient ensuite oublier la plupart des paires. Votre intuition ne sait pas grand-chose de votre propre mémoire. Notre article sur l'illusion de compétence explique pourquoi la familiarité ressemble tant au savoir.


Système Leitner ou Anki : boîte papier, application ou algorithme ?

Le système Leitner est une règle : vous pouvez l'appliquer sur papier, dans une application de type Leitner, ou bien confier la planification à un logiciel qui va plus loin.

OptionMode de planificationS'adapte à chaque carte ?Idéal pourPoints de vigilance
Boîte de Leitner papierUn intervalle fixe par boîte (par exemple 1, 2, 4, 8, 16 jours)En partie : chaque carte monte ou descend boîte par boîteLe vocabulaire, les enfants, les petits paquets, et quiconque étudie mieux loin des écransLa gestion devient lourde quand le paquet atteint plusieurs centaines de cartes
Application de type LeitnerLa même règle des boîtes, automatiséeEn partieLa logique de la boîte papier, avec des notifications et sans boîte à chaussuresVérifiez qu'une erreur fait vraiment redescendre la carte
Anki, planificateur par défautUn algorithme fondé sur SM-2 qui multiplie l'intervalle de chaque carte par son propre facteur de facilitéOuiLes gros paquets et les horizons longs, comme les études de médecinePrise en main plus exigeante, et les révisions en attente s'accumulent vite si vous sautez des jours
Anki avec FSRSUn modèle qui prédit la probabilité de rappel de chaque carte, intégré en option depuis la version 23.10 (fin 2023)Oui, le plus finementLes très gros paquets, quand réduire le nombre de révisions compteFonctionne mieux une fois qu'il dispose d'une partie de votre historique de révisions

Une progression raisonnable : commencez sur papier ou avec une application Leitner simple pour vos quelques premières centaines de cartes, car déplacer physiquement les cartes rend la logique évidente. Passez à Anki quand le paquet devient trop gros pour la boîte, ou quand vous devez retenir la matière pendant des années. Notre guide sur les flashcards par IA compare FSRS et SM-2 plus en détail.

Pour la plupart des étudiants, le planificateur compte moins que les deux choses qu'aucun planificateur ne peut faire à votre place : rédiger de bonnes cartes et être au rendez-vous pour les réviser.


Comment construire un paquet Leitner à partir de vos surlignages

Les meilleures cartes sont celles que vous fabriquez vous-même. Steven Pan et ses collègues (2023) ont mené six expériences dans lesquelles des participants apprenaient à partir de textes pédagogiques, soit avec leurs propres flashcards numériques, soit avec des flashcards toutes faites, puis passaient un test 48 heures plus tard. Dans cinq expériences sur six, les cartes faites maison l'ont emporté (d = 0,45 pour la mémoire sur l'ensemble des expériences, un effet modéré), et dans la plupart des cas, elles aidaient aussi à répondre aux questions d'application (d = 0,29). La seule méthode qui n'a rien apporté consistait à retaper le texte mot pour mot. La paraphrase, elle, a aidé, tout comme le copier-coller.

C'est une bonne nouvelle si vous surlignez. Un surlignage, c'est déjà une décision sur ce qui compte, soit la partie la plus difficile de la fabrication d'une carte. Voici un processus qui transforme vos lectures en paquet Leitner :

  1. Surlignez avec un objectif. Quand vous lisez avec le surligneur web de Glasp, utilisez une couleur de surlignage pour « je devrai m'en souvenir » (une définition, un chiffre, une affirmation) et une autre pour « c'est intéressant ».
  2. Capturez aussi les cours et les vidéos. Pour un cours sur YouTube, YouTube Summary vous donne une transcription horodatée et un résumé : vous pouvez ainsi surligner les passages sur lesquels vous aimeriez être interrogé.
  3. Intégrez vos livres. Si vous lisez sur Kindle, importez vos surlignages Kindle pour que les passages de vos livres côtoient vos surlignages web et vidéo.
  4. Convertissez une fois par semaine. Transformez en questions les surlignages de la semaine qui méritent une carte : un fait par carte, formulé avec vos propres mots, avec le lien vers la source au verso.
  5. Laissez l'IA trouver les faits ; les cartes, rédigez-les vous-même. Demandez à Chat with Highlights de Glasp, qui permet de dialoguer avec vos surlignages, ce qu'ils disent d'un sujet donné. Les réponses renvoient aux passages dont elles sont tirées, ce qui permet de repérer vite les faits qui méritent une carte. Rédigez ensuite chaque question vous-même : dans les expériences de Pan, les cartes paraphrasées figuraient parmi celles dont le bénéfice était le plus net.
  6. Alimentez la boîte 1 à raison de 5 à 10 cartes par jour. Gardez le reste dans une pile « à ajouter », et laissez le calendrier prendre le relais.

Pour la routine hebdomadaire qui accompagne tout cela, y compris le moment où revenir sur d'anciens surlignages, consultez notre guide sur la répétition espacée pour les lecteurs.


Questions fréquentes

Qu'est-ce que le système Leitner, en termes simples ?

Le système Leitner est une méthode de flashcards qui s'appuie sur des boîtes pour décider de ce que vous révisez. Les nouvelles cartes commencent dans la boîte 1, que vous révisez tous les jours. Chaque bonne réponse fait monter la carte d'une boîte, et les boîtes supérieures reviennent moins souvent ; chaque mauvaise réponse la renvoie dans la boîte 1. L'essentiel de votre temps va ainsi aux cartes que vous ne connaissez pas encore.

Le système Leitner fonctionne-t-il vraiment ?

Oui, parce qu'il réunit la pratique de récupération et l'espacement, les deux techniques d'étude les mieux étayées par la recherche. Ce que la recherche ne confirme pas, c'est l'idée que ses intervalles qui doublent auraient quelque chose de magique : une méta-analyse de 2021 a montré que les intervalles croissants et les intervalles égaux donnaient à peu près les mêmes résultats. La méthode fonctionne tant que vous vous testez honnêtement et que vous continuez à réviser les cartes que vous connaissez déjà.

Combien de boîtes faut-il dans un système Leitner ?

Cinq, c'est le nombre classique, qui correspond au modèle original conçu par Leitner en 1972. Trois boîtes suffisent pour un examen dans quelques semaines, et certaines versions utilisent sept niveaux pour un apprentissage à long terme. Des boîtes supplémentaires n'aident que si l'intervalle de votre dernière boîte correspond à la durée pendant laquelle vous devez retenir la matière.

À quelle fréquence réviser chaque boîte de Leitner ?

Un calendrier courant double l'intervalle à chaque boîte : la boîte 1 tous les jours, la boîte 2 tous les 2 jours, la boîte 3 tous les 4 jours, la boîte 4 tous les 8 jours et la boîte 5 tous les 16 jours. Comme repère approximatif tiré de la recherche sur l'espacement, fixez votre plus long intervalle à environ 20 % du temps qui vous sépare d'un examen prévu dans quelques semaines, ou à environ 5 % pour une matière dont vous aurez besoin dans un an.

Que se passe-t-il quand on rate une carte dans le système Leitner ?

Dans la version classique, une carte ratée retourne dans la boîte 1, aussi haut qu'elle soit montée, et vous la reverrez dès le lendemain. Certains préfèrent la faire descendre d'une seule boîte. La version stricte coûte davantage de révisions, mais elle garantit qu'une carte dont vous ne retrouvez pas la réponse ne disparaît pas pendant des semaines.

Le système Leitner est-il meilleur qu'Anki ?

Pour les gros paquets, Anki est le planificateur le plus performant des deux : il ajuste l'intervalle de chaque carte d'après l'historique propre à cette carte, alors qu'une boîte de Leitner donne le même intervalle à toutes les cartes d'une même boîte. Avec FSRS activé, Anki prédit en plus la probabilité que chaque carte soit rappelée. Le système Leitner est plus facile à comprendre et à gérer à la main, et pour quelques centaines de cartes, il suffit largement.

Le système Leitner fonctionne-t-il pour apprendre les langues ?

Oui, c'est même avec le vocabulaire qu'il brille. Duolingo a démarré avec une variante de type Leitner pour planifier la révision des mots, avant de la remplacer par un modèle entraîné sur ses propres données, et une grande partie de la recherche sur l'apprentissage par flashcards utilise des paires de mots : swahili-anglais dans les travaux de Karpicke et Roediger, vocabulaire de type GRE dans ceux de Kornell. La grammaire et la conversation demandent plus que des flashcards, mais pour les mots et les expressions, la boîte fonctionne bien.


Lancez votre boîte de Leitner dès ce soir

Le système Leitner a traversé plus de cinquante ans parce qu'il transforme deux résultats de la recherche sur la mémoire en une habitude assez simple pour qu'on s'y tienne : se tester au lieu de relire, et revenir moins souvent sur ce que l'on sait que sur ce que l'on ne sait pas.

Vous n'avez pas besoin d'un calendrier parfait. Répondez à chaque carte de mémoire avant de la retourner, et gardez-la en circulation jusqu'à ce qu'elle ait franchi toutes les boîtes. Cinq à dix cartes ce soir suffisent pour commencer.

Commencez par ce que vous lisez déjà. Surlignez avec Glasp les idées qui méritent d'être gardées, capturez les cours que vous regardez avec YouTube Summary, transformez vos meilleurs surlignages en questions, et placez les cinq premières dans la boîte 1.

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